Etre auteur, c’est être enceinte.

C’est une question de survie. De l’espèce ou de l’individu, là est la variation.

Quand on fait un enfant, on obéit à une instinct primaire, une nécessité viscérale qui nous dicte de nous reproduire pour que perdure la race humaine. Ca peut être réfléchi, on peut avoir pesé le pour et le contre, s’être demandé si on avait les moyens, finaciers et moraux, d’assumer une telle charge. L’origine  de cette pulsion n’en est pas altérée.

Quand on écrit, c’est pareil. On peut prendre un stylo sans préméditation, commettre le péché d’écriture sur une envie subite, un désir foudroyant. On peut préférer prendre son temps, « pas avant le mariage », pas avant d’avoir une trame. Mais l’auteur ne peut pas vivre sans.

Quand l’union est consommée, il y a la gestation. Quand on fait un enfant, on n’a qu’une seule grossesse à gérer. Un seul enfant à la fois. Parfois deux, mais c’est rare, ou encore trois – encore plus rare. Mais de toute manière, ils sont synchronisés. Ils arrivent tous en même temps.

Les textes, eux, sont plus capricieux. Déjà, ils peuvent être plus de trois. Bien plus même. Et puis ils ne commencent pas en même temps, et ne finissent pas au même moment non plus. Alors entre les personnages à créer, les langages à inventer, les cartes à dessiner et tout ce petit monde à mettre en place, on s’y perd un peu.

Après il y a la naissance. Plus ou moins longue et difficile pour un enfant comme pour un livre, mêlant douleur et joie.

On éduque son enfant, on lui donne des repères, des valeurs. On fait la promo de son livre, on démarche les libraires. On lui forge une histoire, à la sueur de notre front. C’est ingrat un enfa&nt ; un livre aussi. Souvent nos efforts ne sont pas reconnus, on nous traite d’incapable alors qu’on fait pourtant de notre mieux.

Puis vient le jour où ils volent de leurs propres ailes. Enfant comme livres, ils se sont forgés une identité, et nous devons nous effacer. Ca n’est pas facile, un petit pincement au coeur – un gros même.

Mais tellement de fierté face à ce que l’on a créé!

Publicités

4 commentaires sur “Etre auteur, c’est être enceinte.

  1. Comme c’est joliment dit… Très belle comparaison.

  2. Nous avons la même vision de L’Auteur

    Extrait de mon premier article sur le blog ; (comme un air de famille)

     » Un premier roman c’est un peu la crainte de la primipare. Une appréhension intime du regard de l’autre, une impression latente de raté, d’oubli, un pesant sentiment d’incomplet. Et pourtant au fond, c’est la secrète conviction de l’accomplissement d’une oeuvre sans pareil, d’une beauté unique aux yeux d’une mère égoiste et protectrice.  »

    N’est-ce-pas ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s