Regard de lecteur, regard d’auteur

L’écriture et moi, c’est une vieille histoire. Je me rappelle encore des « poèmes » que j’écrivais pour ma maman et mon papa, et des histoires que j’inventais et que je tapais laborieusement sur le vieil ordinateur de mon oncle, avec qui je n’ai aucune affinités mais qui pourtant m’a laissé ce bon souvenir.

Mon premier essai de roman date de ma seconde ; quand j’y pense, j’ai commencé à utiliser l’écriture comme catharsis quand les choses on commencé à aller mieux pour moi. Pas que je me plaigne, mais il s’agit d’être réaliste: je n’ai pas eu la vie facile. Quand je suis partie vivre une année en internat, à quinze ans, je savais que ça me ferais du bien – m’éloigner de ma famille avec mes relations étaient plus que conflictuelles ne pouvait pas me faire de mal – mais j’ignorais que ce serait l’occasion de me révéler à moi-même quelle était ma vocation. Et effectivement, c’est quand j’ai commencé à avoir du temps pour mettre les choses au clair dans ma tête que m’est venu le besoin, la pulsion, de prendre un stylo et d’écrire. Je n’y ai pas vraiment réfléchi, sur le coup. Ni même pendant les mois qui ont suivi. J’ai continué, tout simplement, portée par un besoin que je ne comprenais pas vraiment.

Puis j’ai quitté l’internat, je suis retournée vivre chez mon père, les conflits ont repris. Et j’ai réalisé que mon stylo et moi, on ne se quitterait plus.

Je pense que j’y ai vraiment réfléchi quand j’ai rencontré Vincent, qui vit perpétuellement avec de la musique dans la tête. Alors que lui se lançait dans les débuts de son groupe, les Nightcreepers, moi je commençais à ressentir le besoin de me faire lire. Ce n »était pas évident mais je me suis lancée, j’ai eu des retours positifs, ça m’a encouragée. J’ai fini par créer ma page auteur, j’ai multiplié les projets, les contacts. J’ai rencontré Laurent Luna sur un forum, avant qu’il ne soit publié, et il m’a beaucoup encouragée. Sur Facebook, puis à un salon, j’ai fais la connaissance de Daniel Pagès, qui ne cesse de me tanner pour que je termine, enfin, mon roman.

Bref, je me suis affirmée dans mon statut d’auteur. C’est alors que j’ai découvert CoCyclics, la bêta-lecture, et le lien intime qui unissait lecture et écriture.

Je l’admet, ça peut sembler assez évident. Mais jusque-là, ces deux activité que je pratiquais avec assiduité étaient restées très cloisonnées. La lecture d’un côté, une forme d’évasion, sans forme de réflexion, qui me prenait au cœur et au corps et qui m’immergeait dans une autre réalité. Quelque chose d’assez proche, finalement, de l’écoute d’un bon morceau de musique.

Mais me faire bêta-lire, et bêta-lire les autres, m’a forcée à donner une dimension plus réfléchie à mon écriture, et par-là même à ma manière de lire. Je m’explique:

Quand on commence à écrire, on se prend tous un peu pour Dieu. C’est le syndrome « je fais ce que je veux, c’est moi l’auteur ». Oui, d’accord. Sauf que non, en fait. Vous avez beau être l’auteur, vous êtes quand même obligé d’écrire quelque chose de cohérent, à tout le moins, si vous voulez que votre texte soit lisible. Résultat, vous vous demandez ce qui cloche, ce qu’il faudrait améliorer. Et comme vous n’avez pas forcément ni l’art, ni la manière de tout faire parfaitement dès le début, vous vous demandez comment font les autres.

C’est là que vous cessez de lire de manière irréfléchie. Vous scrutez les manies d’écriture, les ingénieux petits mécanismes mis en place par les autres auteurs, leur manière d’amener les éléments qui semblent important. Et quand vous ne parvenez pas à les déceler, quand tout s’imbrique si naturellement et avec tant de fluidité que vous ne percevez aucun des rouages qui mouvent l’histoire, alors c’est que l’auteur a bien fait son boulot. C’est au final, le but que tout romancier vise.

J’ai longtemps cru qu’avoir développé ce double regard sur un texte était l’aboutissement de ma démarche d’auteur/bêta-lectrice. Eh bien pas du tout.

C’est lorsque je me suis mise sérieusement à Demi-fée et que j’ai eu des retours de mes bêtas-lecteurs que je me suis rendu compte que malgré tout, mon regard sur mon roman resterait toujours particulier.

La meilleure preuve en a été Les Contes de Syteliah. Je les ai écris rapidement, sans trop réfléchir, pour créer une mythologie, une histoire à mon univers. Ils n’en ont un peu fait qu’à leur tête car ils ont au passage révélé la quête principale du roman – que moi-même j’ignorais! – ainsi que l’un des personnages majeurs: Aonghas. Malgré leurs frasques, ils n’étaient à mes yeux pas très importants. Et pourtant, mes bêtas-lecteurs, eux, les ont adorés. Ils ont aimé le côté romantique, la richesse et la féérie de ces petites histoire qui ne devaient servir qu’à justifier le « grand tableau »…

Tout ça pour dire que finalement, je pense que le regard d’auteur et de lecteur sont complémentaires. Je peux relire mon histoire en essayant d’adopter le même détachement, la même objectivité que mes bêtas-lecteurs, mais je n’y parviendrais jamais complètement. Parce que même si je ne sais pas où me mène mon histoire, je connais mon univers. Je sais quel élément m’a demandé du travail, quel autre a été facile, quel autre enfin s’est révélé de lui-même.

Et c’est peut-être justement parce que je connais bien Syteliah que les Contes qui retracent sa mythologie ont été instinctifs…

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