Le blues gribouillistique

« Aujourd’hui, je lisais cet article sur le blog d’un confrère écrivant, suite au retour sur l’un de ses textes qu’il avait envoyé pour un concours de nouvelles. Sylvain aborde ici les retours des lecteurs, bons ou mauvais, et l’enrichissement qu’on y trouve. Et il a cette phrase, tellement juste: « il y a toujours une chance de se ramasser une bonne et saine baffe en découvrant que vous n’êtes pas aussi bon que ça ».

Cette phrase, je pense que tout écrivain-lecteur (et on est rarement écrivain sans lire) comprendra ce qu’elle veut dire. On a tous lu, un jour, un livre, un chapitre, un extrait, peut-être même seulement une phrase, qui nous a fait nous dire: « Le jour où j’écris comme ça, je peux mourir heureux ».

Pour ma part, je peux vous en citer plein, des auteurs qui maîtrisent mieux que moi au moins un aspect de l’écriture.

Évidemment, Tolkien et Martin pour la création d’univers, deux géants qui sont loin au-dessus de moi. Alphabet, luttes intestines, rancœurs millénaires, climat délétère ou joyeux, ils ont pensé à tout.

Orson Scott Card, pour la psychologie des personnages. Ender, tu resteras toujours le héros le plus attachant et le plus terrifiant que j’aie jamais rencontré.

Moning, pour tous les petits indices innocents qu’elle sait si bien semer en route. J’ai commencé à les compter à ma relecture des Chroniques de MacKayla Lane, j’ai fini par arrêter. Ils étaient trop nombreux.

Asimov, pour ses qualités de visionnaire. Ce qui est dit dans Fondation me fait peur, parfois, tellement je le retrouve dans notre société.

Simak, pour la manière dont il utilise de petits détails pour compléter et parfaire un univers déjà bien pensé. (« Les femelles sont des femmes ou des épouses. Ces deux termes ont sans doute exprimé une nuance précise autrefois mais… », extrait de Demain les chiens) Malorie Blackman s’en sort bien aussi sur ce point, dans sa série Entre chiens et Loups.

Et puis, moins connue, plus confidentielle, mais qui sera bientôt publiée (et elle le mérite amplement), Jo Ann, pour sa manière de faire transparaître les émotions de ses personnages, si bien qu’on les ressent nous-mêmes. Il lui aura suffit d’un premier jet non retravaillé de ses lettres à Elise pour me faire pleurer.

Et tant d’autres encore.

Tout ces auteurs, quand je les lis, m’amènent au bord du gouffre. Il y a un bond tellement énorme pour arriver de l’autre côté que je m’en sens incapable – et des fois, ça fiche vraiment le bourdon. Pourtant, j’ai adopté une autre approche. J’ai tressé une corde, et j’essaye de la lancer pour qu’elle s’accroche à cet arbre que je vois, sur l’autre versant du ravin. Pour le moment, j’ai échoué à chaque tentative, mais je m’entête. Quoi, vous ne connaissez pas l’expression « têtue comme une blonde »? Vous allez bientôt l’adopter! A chaque fois, je lance ma corde un peu plus loin, et j’ai bon espoir, un jour, de parvenir à la tendre au-dessus du vide. Alors, j’aurais fait le plus facile: tracer le chemin pour aller du côté des grands. Tout ce qu’il me restera à faire, ce sera de le parcourir sans chuter – et ça, ce ne sera pas de la tarte.

Publicités

8 commentaires sur “Le blues gribouillistique

  1. Shangry dit :

    Une autre phrase de mon article disait « Il y a toujours meilleur que vous, et vous pouvez toujours être meilleur que d’autres ». A lire les quelques extraits présents sur ton blog, je ne m’inquièterais pas pour la seconde partie, tu es déjà meilleure que beaucoup. Après, l’édition est-elle une récompense, une sanction, un mérite ? Je pense qu’il s’agit surtout d’une vaste loterie. Un bon texte peut être présenté une certaine année et faire un bide, et remporter tous les suffrages 10 ans plus tard. Les relations tissées comptent aussi beaucoup. La galère pour un auteur dans le milieu de l’édition consiste surtout à se faire un nom, et à ne pas perdre l’envie d’écrire une fois ce stade franchi. C’est un peu comme à Polemploi, où l’on réclame 10 ans d’expérience pour un employé de 25 ans… L’important c’est d’écrire et d’en garder l’envie, et s’il doit y avoir récompense par l’édition, la prendre avec le sourire 🙂

    • Alice dit :

      Certes l’édition n’est pas le but ultime ; je suis déjà très heureuse d’avoir mes quelques lecteurs réguliers! Certaines personnes se définissent même comme mes « fans » et ça, c’est une pression énorme mais aussi un accomplissement, car comme chaque auteur, je n’ai pas toujours été soutenue par tout le monde. Voir que certaines personnes pensent que je vaux la peine d’être lue, c’est la meilleure des récompenses.

      L’édition, c’est juste une autre aventure, une manière de conquérir plus de lecteur, de donner une autre dimension au texte. Au final, j’ai réussi dans ma vie professionnelle avec un bac L pour seul diplôme, et j’ai un poste plutôt sympa, bien payé, dans une bonne entreprise, le tout à 22 ans et en ayant abandonné mon DUT contre l’avis de tous. Si j’ai pu avoir cette opportunité-là dans le monde du travail, la force de me faire toute seule, contre les préjugés du plus grand nombre, je dois en avoir aussi le potentiel pour l’écriture. Simplement, mes textes ont bien plus de valeur que mon emploi, à mes yeux, et c’est aussi pour ça que j’y accorde plus d’importance… Et que je ressens plus de pression.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s