Schizophrénie, le retour

J’ai discuté hier avec Lilian, mon futur éditeur. (Admirez l’annonce officielle glissée dans un article qui n’a rien à voir avec la choucroute!) Le but de l’appel était d’évoquer l’éventualité de ma publication et des conditions dans lesquelles elle se ferait, notamment les corrections à apporter à mon texte et l’écriture d’une suite.

Nous avons donc parlé de l’intrigue, des personnages, des quelques incohérences et bizarreries qui émaillent la novella malgré mes efforts pour l’épurer. Ce faisant, nous avons aussi parlé de ce que les lecteurs de l’Ivre-book ont aimé ou moins aimé. Au passage, Lilian a évoqué les éléments qui lui ont mis la puce à l’oreille, et je me suis rendu compte que mon article sur la schizophrénie de l’auteur n’était pas si délirant que ça.

Il y a presque un mois, je vous parlais de « mon Imagination, qui […]  a une voix bien à elle ». Hé bien j’ai réalisé à quel point elle parlait de sa propre initiative, sans me demander mon avis et parfois même à mon insu, lors de cette conversation avec Lilian.

Dur dur de vous expliquer la situation sans vous révéler l’intrigue – et je ne vais pas vous spoiler un texte quelques mois à peine avant sa publication, ce serait me tirer une balle dans le pied – mais pour faire simple, il y a deux éléments de ce texte que j’ai placé là sans y voir des indices : le fait que Clémence, mon héroïne, soit pupille de la nation, et son attirance mitigée pour la menthe, dont l’odeur l’apaise mais dont elle déteste le goût. (Et nom d’un petit bonhomme, en vous écrivant ça je viens de trouver la base de l’intrigue de la suite d’Arimaspes. Ça fait beaucoup de « de » mais c’est vrai, alors merci beaucoup!)

Ces deux faits avaient chacun leur raison d’être. Clémence était orpheline car ce texte, écrit à la base pour un AT, avait un nombre de signes limité. Or, devoir expliquer en long, en large et en travers les origines de mon héroïne aurait occupé un espace dont je ne disposais pas. Et son goût pour l’odeur uniquement de la menthe, c’est parce que chacun de mes personnages a quelque chose de moi… Et que moi non plus, je ne mange pas de menthe (à part en thé). Par contre, son odeur m’apaise et je l’apprécie car elle m’a souvent aidée à calmer crises d’angoisse ou migraines optiques.

Sauf que ces deux éléments, une fois intégrés à l’histoire, prennent un tout autre sens. Un sens qui semblait évident à Lilian, et auquel je n’avais, moi-même, pas pensé. Sur le moment, quand il l’a évoqué, je me suis sentie très neuneu.  Et puis après, je me suis autorisée à pester contre mon imagination, mon subconscient, mon potentiel créatif ou que sais-je encore, qui se permet de rendre plus cohérent que je ne le croyais ce récit sur lequel j’avais réfléchis moins loin que cela.

Tout cela pour dire que le regard du lecteur peut être révélateur sur nos textes. On a l’impression de tout en savoir, de les avoir explorés autant qu’on le pouvait, et là arrive quelqu’un qui nous les présente sous un jour nouveau. Et patatra: « J’ai écris ça, moi? »

Comme si les personnages caractériels ne suffisaient pas, maintenant il faut que l’imagination s’y mette aussi.

Publicités

4 commentaires sur “Schizophrénie, le retour

  1. Jo Ann v. dit :

    C’est pour ça que je dis souvent que les personnages (ou la situation) sait plus que nous sur le sujet. Je pense sincèrement que dans notre écriture, il y a au moins 10% de magie.

  2. danielle dit :

    « Tout ce que l’on fait dans la vie sert à ce que l’on va faire dans la vie » dit un réalisateur japonais (hélas, son nom?). C’est pareil pour l’écriture: tout ce qu’on écrit sert à ce que l’on va écrire ( ce « l' » m’agace, j’y réfléchirai plus tard).
    Le plus fascinant c’est que sur le moment, on ne le sait pas. Mais on le découvre tôt ou tard et tu aurais fini par t’en apercevoir.
    Est-ce volontaire – quoique inconscient -? S’agit-il de l’intuition qui assiste toute création? Qu’importe. Cette odeur de menthe a un petit parfum de littérature.

  3. Alice dit :

    C’est si joliment dit que je ne vois rien à ajouter! 😀

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s