Interview de Sabine Barbier (correctrice)

Sabine Barbier est correctrice à La Chaumière des Mots. De puis quelques années, elle privilégie le travail avec des auteurs, notamment auto-édités.

Tout d’abord, peux-tu te présenter en quelques mots ?

En premier, je tiens à te remercier de me donner l’occasion de m’exprimer sur mon travail. J’espère que les lignes qui suivront convaincront tes lecteurs de l’utilité des correcteurs. J’ai 48 ans, deux enfants et depuis décembre, je suis grand-mère. Je vis à la campagne, dans un village de 149 habitants, en Lorraine.

Tu travailles avec beaucoup d’auteurs autoédités, parfois très « confidentiels » ; est-ce un choix de ta part ? Par quoi a-t-il été motivé ?

Lorsque j’ai fondé la Chaumière des Mots en 2010, j’ai eu la chance d’avoir immédiatement un premier client pour qui j’ai corrigé plusieurs livres. Il s’est avéré que ces ouvrages n’ont pas été retenus par les maisons d’édition et le créateur s’est dirigé vers l’autoédition. C’est ainsi que j’ai réellement découvert ce mode de publication et je m’y suis intéressée. Ensuite, mon objectif en créant ma structure étant d’aider les auteurs, j’ai pris conscience que c’était dans ce domaine que des manques apparaissaient. Donc, oui c’est un choix de ma part.

Quelle relation entretiens-tu avec les auteurs avec qui tu travailles ? Est-ce purement professionnel ? Y a-t-il une part de passion ?

Lorsqu’une personne prend contact avec moi, qu’il signe un contrat, un échange téléphonique suit. J’ai besoin de connaître un minimum la personnalité de celui avec qui je vais collaborer. Tu noteras que j’emploie « avec qui » et non pas « pour qui ». En effet, il s’agit d’une collaboration : ensemble, nous tenterons de sortir le meilleur du texte déjà écrit, l’améliorer, le découper, l’analyser, l’enrichir. Seule, je ne peux rien faire ! Une certaine relation s’établit donc et bien souvent (dans 95 % des cas), l’auteur devient un ami. Les contacts ne cessent pas après la fin du contrat. C’est ce qui permet de comprendre, je pense (en dehors de la qualité du travail), que mes clients me restent fidèles.

Passion ? Uniquement !

Je suis fille unique, mon enfance s’est passée au milieu des livres et ceux-ci ne m’ont jamais quittée (j’ai d’ailleurs actuellement un gros problème de place à la maison…). Ensuite, on peut concevoir son métier – quel qu’il soit – de deux manières : soit travailler pour gagner de l’argent et s’enrichir, soit en se faisant plaisir avec juste assez pour le quotidien. J’ai pratiqué la première option durant de nombreuses années en étant secrétaire de direction. Depuis 2010, j’ai fait le pari de vivre de ma passion, sans avoir l’ambition de devenir riche, mais en aidant les autres.

Le travail sur les textes d’auteurs qui s’autoéditent a-t-il ses spécificités, comparé aux autres travaux que tu effectues ?

Lorsque je travaille sur un fichier qui partira vers les maisons d’édition, je sais que s’il est accepté, il sera retravaillé selon l’avis du directeur de collection, cela enlève un peu de la pression.

Par contre, dans le cas d’un tapuscrit qui sera autoédité, l’enjeu est de taille : l’écrivain sera tenu entièrement responsable pour toute défaillance ! Il s’agit donc de ne rien négliger. Il faut comprendre que faire imprimer un livre a un coût, que l’auteur devra vendre un certain nombre d’exemplaires pour récupérer son investissement et cela peut mettre en péril sa situation financière personnelle. Il est essentiel que la correction terminée, le rendu soit impeccable.

D’après ton expérience, en quoi la correction d’un ouvrage par un professionnel participe-t-elle à la réussite de cet ouvrage, que ce soit sur le plan artistique ou commercial ?

Pour certains contrats, il s’agit d’un premier roman. L’auteur ne maîtrise donc pas complètement son écriture. Un professionnel sera à même de guider son client, de lui faire prendre conscience de ses faiblesses et de ses atouts, de pointer du doigt certaines erreurs.

D’autres écrivains ayant déjà publié auront tendance à réutiliser les mêmes formules, à s’enfermer dans un style et à stagner dans leur rédaction. Là encore, le correcteur saura les amener à évoluer.

Un point également très important : n’oublions pas que les comités de lecture des maisons d’édition sont débordés et qu’un premier tri est effectué à l’arrivée des manuscrits. Un texte rempli de fautes, mal écrit, ne passe pas ce barrage alors que des écrits agréables à lire, propres auront la chance d’aller plus loin.

Dans le cas de l’autoédition, un auteur publiant un texte avec des fautes, des erreurs de syntaxe ou autres, aura peut-être la chance de vendre quelques exemplaires, mais peu de lecteurs reviendront pour un second ouvrage. Abandonnons l’idée que seule la trame compte, les gens qui sortent leur porte-monnaie pour acheter un livre veulent de la qualité à tous les niveaux.

Je terminerai en précisant que bien souvent, je m’occupe de la mise en page. Cela me permet d’être certaine que l’ensemble est agréable à regarder, que tout est cohérent (pas de paragraphe non justifié par exemple), que les règles sont respectées, car je crois que le support papier doit être beau !

As-tu le souvenir d’une œuvre sur laquelle tu aies particulièrement aimé travailler, et pourquoi ?

Oh oui ! En fait, il y a eu deux romans pour lesquels j’ai adoré collaborer. Je ne citerai pas de nom, mais dans les deux cas, ce qui a fait la différence est l’engagement de l’auteur dans la correction. Et là, je m’exprime très familièrement, mais « je m’éclate » ! Et la récompense, c’est que ces deux livres se sont très très bien vendus (un sera d’ailleurs être adapté pour la télévision).

Et le bonheur, c’est qu’un tel auteur vient de me confier son ouvrage… je me régale !

Dans l’avenir, souhaites-tu faire évoluer ton travail et tes pratiques ?

Sans projet, je ne sais pas vivre, donc oui mon travail évoluera. Tout d’abord, et tu as l’exclusivité de la nouvelle, je change le statut de la Chaumière des Mots. D’autoentrepreneur, je serai entrepreneur-salarié au sein d’une Scop. Cela m’autorise à continuer à privilégier la qualité à la quantité puisque je n’aurai pas à m’occuper d’un chiffre d’affaires à réaliser par rapport aux charges à payer. De plus, comme j’accorde des délais de paiement assez longs à mes clients, je ne peux pas me permettre financièrement de régler des cotisations sur des chèques non encaissés !

Ensuite, après ces trois années d’exercice, j’ai pu analyser le marché de l’autoédition, constater ce dont les écrivains ont besoin et j’adapterai mes propositions de service en tenant compte des manques actuels. L’objectif reste bien sûr toujours le même : aider les auteurs !

Souhaites-tu ajouter quelque chose ?

Oui, car il me semble important de bien faire comprendre le message à tes lecteurs :

Tout texte doit avoir la chance de passer entre les mains d’un correcteur, sans exception. Mais une correction a un coût : demandez donc plusieurs devis, mais détaillés. Questionnez sur les différentes étapes du travail, ce qui sera fait, ce qui ne le sera pas, le mode de calcul de la somme à régler (au signe, au mot, à la page…). Seulement là, vous pourrez vraiment comparer.

Il y a des tarifs qui vont du simple au double. La qualité de service varie de médiocre à très bonne, mais pas forcément en relation avec les prix appliqués ! Il s’agit donc pour vous de faire le meilleur choix, sollicitez des renseignements autour de vous, parlez-en avec d’autres auteurs.

Pour en savoir plus sur les prestations de la Chaumière des mots, je vous propose de visiter mon site :

http://www.lachaumieredesmots.com

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7 commentaires sur “Interview de Sabine Barbier (correctrice)

  1. […] de personnageFiche racePour écrire en bon français!Guide d’auto-éditionInterview de Sabine Barbier (correctrice)Quelques pistes pour les synopsisPour les quatrièmes de couv’…Ce qu’il […]

  2. Fikmonskov dit :

    Chouette interview 🙂 Cette chère madame ne cherche pas des associés, par hasard ? 😉

  3. CADET dit :

    Je trouve que les questions posées par Alice sont très efficaces puisqu’elles ont permis à
    l’interwievée d’exprimer par ce moyen tout ce qui lui tenait à coeur. On comprend mieux le rôle du correcteur et l’importance de l’étroite collaboration entre ce dernier et l’auteur.Bravo Alice

    • Alice dit :

      Merci Moun, je n’étais pas très sûre de moi et effectivement je suis contente de voir que le résultat est bon!

  4. Barbara dit :

    Interview passionnante, merci à toutes les deux !

  5. […] en bon français!Guide d’auto-éditionInterview de Linda Saint Jalmes (auteur)Interview de Sabine Barbier (correctrice)Quelques pistes pour les synopsisSystème français, système américain: faites […]

  6. Rodriguez dit :

    Bonsoir. Comment devient-on correcteur car cela m’intéresse ? Cordialement.

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