Talyh

La lourde porte tourne avec difficulté sur ses gonds, révélant la femme, vieille avant l’âge, venue accueillir Talyh. Vêtue d’une lourde robe de bure, le visage fermé, la femme, d’un signe, leur intime d’entrer. Talyh s’exécute, sur les talons de son chaperon qu’elle ne connaît que depuis la veille, et qu’elle ne verra jamais plus après ce jour.
Toujours silencieuse, leur sombre hôte les guide à travers le couvent. Il fait nuit, c’est l’hiver, nul son ne trouble l’atmosphère glaciale.
Au bout d’un couloir qui semblait interminable, ils atteignent enfin une salle où une cheminée dispense sa chaleur sans compter. Talyh se laisse aller à un soupir de soulagement.
A droite de la cheminée, une longue baie vitrée laisse entrer la lumière de la lune et des étoiles hivernales, éclat blafard sur une table où s’étalent des mets somptueux, dont le fumet fit saliver Talyh, affamée.
Néanmoins, la jeune fille n’y aura pas droit. Bientôt, la femme à la bure lui tend un paquet et prononce ses premières paroles depuis leur arrivée :
-Voici vos nouveaux vêtements. Vous vous changerez, puis remettrez tous vos anciens effets personnels à votre chaperon. Vous êtes autorisée à conserver votre médaillon familial comme unique bijou. Maintenant, veuillez me suivre.
Le ton, impératif, ne supposait ni réponse ni contestation.
Les guidant dans le dédale des couloirs, tous plus sombres et froids les uns que les autres, la femme les mena jusqu’à une porte de bois, reproduisant à l’identique la vingtaine d’autres portes du corridor.
Prenant une clé sur son trousseau, la femme ouvrit la porte, révélant une cellule austère, comprenant une table, une chaise, et un coffre de bois, ainsi qu’une paillasse à même le sol. Sa chambre, pour les deux ans à venir.
-Changez-vous, puis votre chaperon partira.
La porte tourna sur ses gonds, la laissant seule dans la cellule glaciale. Elle retira sa robe, puis, frigorifiée, se dépêcha de vêtir celle qu’on lui avait donnée. Elle était de bure, comme celle de la femme, rêche et inconfortable. Elle était accompagnée de longues chausses de laine atteignant le haut des cuisses, qui malgré leur manque de douceur, lui apportèrent une chaleur bienvenue. Bientôt, elle fut dépouillée de tout ce qui lui appartenait. Ne lui restèrent que sa chaîne et le médaillon qui l’accompagnait.
La femme congédia rapidement l’homme qui l’avait menée jusqu’ici, puis elle enferma Talyh dans la cellule, sa solitude plus forte que jamais.

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