Chapitre 2

C’est la chaleur qui me réveille. Une chaleur qui m’écrase, m’étouffe ; une chaleur comme je n’en ai plus connue depuis dix ans. J’imagine que pour les autres, elle doit être agréable: dehors, c’est l’hiver. Un feu crépite quelque part dans la pièce ; je garde les yeux fermés pour ne pas voir mon enfer. Des flammes, trop de lumière, trop de chaleur.

Je gémis, tentant d’échapper à l’étouffement. A nouveau, l’homme tente de me rassurer:

-Tu es en sécurité, ne paniques pas…

-Alcydia!

Le cri vient de quelqu’un d’autre. Une femme. Mon porteur ne répond pas. Il me semble qu’il gravit un autre escalier, puis j’entends des portes s’ouvrir et se refermer. Et il me pose sur un lit.

Un lit. Je ne pensais pas que cela existait encore. Je m’enfonce dans un immense édredon en plume, me perds dans de profonds oreillers. Je sens la douceur des draps et le confort du matelas, mais mon corps ne se souvient plus que du sol de terre battue du cachot. Je suis mal à l’aise.

Mon garde me caresse la tête.

-Alcydia? Alcydia, tu m’entends?

Est-ce à moi qu’il s’adresse? Je crois que oui, et décide d’ouvrir les yeux pour vérifier. Il semble prendre cela pour un assentiment, car il poursuit:

-Nous devons te laver, l’eau chauffe pour le bain. Tu veux quelque chose? A boire? A manger?

Une fois de plus, je ne parviens pas à répondre. Lui, il a les sourcils froncés et la mâchoire crispée, avec dans les yeux quelque chose comme de la douleur. Il soupire, puis reprend:

-Je vais te déshabiller. Pour le bain. D’accord?

Je me laisse faire. Il me semble qu’après avoir retiré mes vêtements, on me plonge dans un baquet d’eau chaude. Le garde renverse ma tête en arrière, doucement, et mouille mes cheveux. On me sort de l’eau, m’y replonge. Dans un autre baquet, je crois. L’eau du premier a vite viré au noir ; celle du deuxième fait de même. Et ainsi de suite, plusieurs fois. Dans ma torpeur, je crois entendre d’autres voix. Il y a d’autre gens, une personne qui me démêle les cheveux, une autre qui frotte ma peau. Et mon porteur, toujours présent, à me soutenir.

Après un certain temps à me baigner – quelques minutes, quelques heures, je ne sais pas – ils me passent une chemise de nuit en tissu fin. Si fin que je ne la sent presque pas, sur ma peau irritée, si peu habituée à la propreté. Puis ils me remettent dans le lit, les draps doux et leur chaleur.

Ils partent tous et l’idée d’être à nouveau seule fait revenir ma panique au galop ; j’ai peur qu’ils m’enferment, que ces draps de soie et ce lit à baldaquin ne soient qu’une nouvelle prison, une prison propre, dorée, pire encore que la première, parce qu’ici, on m’interdit d’oublier qui je suis. Lorsque mon porteur s’apprête à franchir la porte, un sanglot m’échappe malgré moi et je sens une larme couler sur ma joue. Il se retourne vers moi, interrogateur :

– Alcydia?…

– Ne pars pas, s’il te plaît…

Parler. J’ai parlé. Encore une fois, ce n’était pas voulu. Mais mon porteur ne pose pas de question, n’essaye pas de comprendre. Il a l’air soulagé, ferme la porte et vient s’allonger à mes côtés. Il prend juste le temps de se défaire de sa chemise et de ses bottes, et me voilà à nouveau au creux de ses bras puissants. Je suis en sécurité.

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