Chapitre 3

Je me réveille et il fait encore nuit. Mon porteur n’est plus là. Mais a-t-il existé? Tous mes souvenirs semblent noyés dans un brouillard épais et je ne parviens pas à distinguer le vrai du faux. Ai-je un jour été enfermée dans cette cellule sombre? Y a-t-il eu quelqu’un pour m’en sortir? Mais si j’ai rêvé ce cachot, alors qui suis-je? Je me rappelle mon porteur et suis quasiment sûre de la réalité de son existence. Il m’a appelée Alcydia. Ce doit être mon nom. Je sais que j’ai chanté, un jour, il y a longtemps. Je sais que j’ai été connue, encensée, que j’ai travaillé de longues heures pour être la plus belle voix à des kilomètres à la ronde. Que c’était tout ce qui importait, dans ma vie. Chanter. Chanter, rire et aimer. Mais rien de plus précis.

Je crois que c’est ça, le problème. J’ai aimé. J’ai aimé, j’ai aimé aimer, j’ai aimé être aimée, j’ai trop aimé l’amour. Et l’on m’en a haïe.

Je crois me rappeler que j’ai aimé le mauvais homme ; c’était un de trop, un de trop parmi tous ceux que j’ai autorisé à m’aimer, à me toucher.

Il faudrait que je me souvienne, que je sache enfin à nouveau ce qui m’a conduit dans les sous-sols du Palais de Justice. Je sens ma mémoire qui revient peu à peu mais ma conscience rechigne. J’ai mal, trop mal. Je souffre de me souvenir, je souffre de ne pas me souvenir, je souffre de devoir choisir entre ces deux tortures, ces supplices qui pourtant devront être départagés. J’ai mal. Et les sanglots reprennent.

– Alcydia?

C’est la voix de mon porteur. C’est sa voix, ce sont ses bras autour de moi, sa présence qui emplit la pièce et son immensité.

Il se met à fredonner une chanson dont je crois me souvenir. La mélodie m’est familière, mais ma gorge est trop abîmée pour que je la reprenne, alors je me contente de me laisser bercer.

Le vent de l’automne, agite les sorbiers,
Son chant monotone, emplit mon coeur de regrets
Depuis que je suis seule, depuis que tu m’as quittée
Mon amour se désole, sans toi mon bien-aimé…


A la fin, je suis calmée. Je sens l’odeur d’un repas et mon ventre grogne, me faisant prendre conscience que j’ai faim. C’est curieux, je ne me suis assoupie que quelques heures et je ne suis pas habituée à manger beaucoup. Je lève un regard suppliant vers mon bienfaiteur, qui me sourit avec une lueur de pitié dans le regard à laquelle je ne prête pas attention. Il se lève, remplit une assiette, me l’amène. Dedans, de la viande et quelques pommes de terre. Un festin. Je crois que je pourrais dévorer un boeuf entier sans que ma voracité ne soit diminuée ; enfin, c’est ce que je croyais, car en quelques bouchées, je suis calée. Mon estomac ne semble pas pouvoir supporter une trop grande dose de nourriture et le peu que j’ai mangé me paraît déjà trop lourd. Je repousse l’assiette vers mon porteur avec un air d’excuse.

– Tu nous a fait peur, tu sais, dit-il.

Pour toute réponse, je hausse un sourcil.

– Trois jours que tu dors sans cesse ; nous t’avons réveillée de temps en temps pour te faire boire, car tu as eu un peu de fièvre, mais tu n’as jamais semblé vraiment consciente. Nous avons craint que tu ne sois tombée malade… Après tout ce temps enfermée, tu aurais pu ne pas supporter l’air de l’hiver.

Tout s’explique. Je ne me rappelle absolument pas ce dont il parle, mais si je me sens aussi reposée, c’est parce que je dors depuis bien plus que quelques heures.

Malgré tout, je me sens faible. J’ai du mal à serrer les poings, m’asseoir dans le lit m’a essouflée, je me sens comme convalescente d’une longue maladie. Et la parole ne m’est roujours pas revenue, pas plus que la mémoire. Mon garde – qui a d’ailleurs changé de tenue – reste patient face à mon silence.

–  Je vais demander à ce qu’on te prépare un bain. J’imagine que te laver doit être un vrai plaisir. Et Maïli t’as cousu de nouveaux vêtements. Elle a beaucoup grandi depuis la dernière fois que tu l’as vue… Elle ne se rappelle pas de toi.

Il s’arrête un instant et me fixe, semblant attendre une réponse. Voyant que je ne suis pas décidée à prononcer un mot, il se lève du lit et quitte la pièce, me jetant un ultime regard avant de passer la porte.

Les jours s’égrènent, lents à mourir. Je me lève du lit au bout d’une semaine, mes repas deviennent plus conséquents et j’apprends à reconnaître Maïli – jeune fille de tout juste quinze ans au sourire éclatant malgré sa timidité -, Atalane aux cheveux d’ébène et Zusco, son fils de 3 ans ; je découvre également que mon porteur s’appelle Farès. Il a les cheveux longs, toujours noués en un catogan qui peine à discipliner ses boucles châtain. La tenue vert foncé des gardes, qu’il porte quasiment tous les jours pour son service, met en valeur des yeux noisettes au charme ravageur. Il se rase de près chaque matin et apporte à sa tenue un soin qui ne tient nullement de la coquetterie: il semble considérer que tout manquement au style est un irrespect envers autrui.

Souvent, je sens sur moi son regard inquiet. Il me fixe quand il croit que je ne le vois pas, et attend avec impatience que je parle. Que je lui dise quelque chose.
Tous les matins, je me prépare devant un immense miroir au cadre doré à la feuille. Je vêts les vêtements que Maïli m’a cousus avec habilité, qui me vont parfaitement et pourraient être élégants si je n’étais pas si squelettique. J’étudie chaque fois avec attention les traits de mon visage émacié, mes joues creusées et mes yeux qui semblent trop profondément enfoncés dans leurs orbites. Je ne suis pas belle. Je ne sais pas me donner un âge.

Un mois s’écoule ainsi, jusqu’à ce que, sans savoir pourquoi, je leur pose la question, durant un repas. C’est la fin de l’hiver et Maïli parlae avec Farès des nouveaux uniformes que la garde allait recevoir pour le printemps, tandis qu’Atalane se bat avec Zusco pour lui faire avaler ses légumes.

Sans faire attention à leurs conversations, j’interroge:

– Quel âge ai-je?

Le silence se fait dans la salle à manger au son de ma voix éraillée. Tous me fixent, estomaqués par mon intervention après un mois de silence obstiné. C’est Atalane, comme toujours la plus apte à faire face aux situations imprévues, qui me demande:

– Tu ne te rappelles pas?

Là, tout m’échappe ; je leur dis tout sans exception: que je ne les connais pas, que je ne connais pas cette maison, ce pays, ce gouvernement, que je ne me connais pas moi-même, que j’ai tout oublié au fin fond d’un cachot humide et que ma mémoire comme ma raison y sont restées. Je leur dit merci, merci pour tout, pour votre présence et votre amour, votre disponibilité et ma liberté, meric d’être là mais je ne vous connais pas. Je ne sais pas qui je suis, qui vous êtes, quel âge j’ai. Je sais juste que je suis libre et que ça me terrorise.

Farès, homme de la maison, domine la tablée. Il me fixe, le regard douloureux sans être surpris ; il semble que je viens de confirmer ses pires craintes. C’est à son tour d’être silencieux : il se lève et quitte la table.
Le silence dure encore un instant avant que Maïli ne commence à raconter:

– Tu es née le jour du solstice d’été, il y a bientôt trente ans de cela. Tu fais partie de la Guilde des Saltimbanques, ou du moins tu en faisais partie avant ton emprisonnement. Ta beauté et le son de ta voix étient loués dans tout le royaume et tu étais favorite du Prince

Manguel. On disait que tu transmettais ta joie de vivre en chantant pour les autres, et que chacun oubliait ses soucis dès que les notes franchissaient tes lèvres. Comme tous les Saltimbanques, tu profitais de tous les plaisirs de la vie, y compris ceux de le chair. Nul n’y trouvait à redire, pas plus le Prince Manguel que les autres. Farès, ton ami d’enfance, t’aime depuis toujours, mais il était le seul qui n’ait pas droit à tes faveurs ; il se contentait d’être là pour toi, et a passé des années à plaider ta cause pour que tu sois libérée. Car le Prince Manguel n’a pas toléré que tu t’opposes à lui et à ses désirs. Nul ne sait ce qu’il s’est passé exactement, du moins, nul autre que toi et le Prince Manguel. Toujours est-il qu’une nuit, tu es arrivée ici, au château avec une petite fille de cinq ans terrorisée. Tu as dit à Atalane de me cacher, de prendre soin de moi, de m’offrir l’amour d’une mère et l’éducation d’une princesse. Et puis tu es partie. Le lendemain, le pays apprenait que le Prince Manguel t’avait enfermée, que tu étais jugée pour crimes contre la couronne et trahison, qu’une enfant, preuve de ton déshonneur, était mise à prix. Farès et Atalane m’ont cachée, des années durant. Une fois que tu as été emprisonnée, toute cette histoire s’est tassée et mon existence est devenue moins gênante. Le Prince Manguel a semblé s’en satisfaire et a cessé de me rechercher au bout d’un an. Mais toi, tu es restée emprisonnée.

Un instant de silence durant lequel je tente de digérer toutes les informations que Maïli vient de me transmettre. Puis, un fait m’intrigue:

-Si tu n’as que quinze ans, comment se fait-il que tu sache tout cela? Que tu sois au fait d’événements qui se sont déroulés il y a dix ans?

Cette fois, ce fut Atalane qui me répondit:

– Maïli nous a longuement interrogé sur sa mère et sa disparition.

Un instant, je crus que cette déclaration m’avait replongée dans le mutisme, pour une durée infinie. Néanmoins, je réussis à reprendre la parole:

-Sa mère?…

Maïli me fixe avec un air de défi, me défendant de démentir l’affirmation d’Atalane. Je la fixe moi aussi, sans savoir que dire, que faire. Je ne me souviens pas d’avoir eu une fille. Je ne me souviens pas du Prince Manguel. Pas plus que de Farès.

– Je suis désolée…

C’est la seule réponse qui me vient à l’esprit, face à cette jeune fille qui est ma fille et avec qui je n’ai aucun lien autre que celui du sang. Après quoi, le silence s’éternise, pesant sur nous comme une chape de plomb.

Je repense brusquement à Farès et décide d’aller lui présenter des excuses, à lui aussi.

Je me dirige vers les jardins, où je sais qu’il se réfugie chaque fois qu’il a besoin d’un moment de solitude. Je parcoure longtemps les allées, en vain, car il n’y nulle part trace du garde. Je me dirige alors vers la forêt, dernier endroit où je sais pouvoir le trouver. Je n’aime pas entrer sous le couvert des arbres ; leurs hautes branches coupent la lumière et créent autour de moi une prison qui me rappelle trop de mauvais souvenirs. Les feuilles qui, chaque automne, tombent au sol, retiennent l’humidité et recréent l’atmosphère malsaine qui a été mon logis dix années durant. Cachot végétal, les bois sont décidément le dernier lieu où je veux m’aventurer. Mais après un mois à vivre en sa compagnie, j’ai appris à respecter Farès, et je lui suis trop reconnaissante de m’avoir libérée pour le laisser dans une telle détresse sans même un mot d’excuse.

Je m’engage donc sur le sentier qui serpente dans l’étendue végétale, essayant de ne pas prêter attention à l’angoisse qui m’envahit. Le désarroi qui m’a saisie lors des révélations de Maïli est toujours bien présent et ces sentiments qui m’assaillent ne sont pas fait pour me mettre à l’aise, d’autant que je ne connais pas la forêt et crains de me perdre.

Néanmoins, après environ un quart d’heure de marche solitaire, je commence à entendre le bruit d’une cascade ; quelques minutes de marche supplémentaires m’amènent à une clairière autour d’un point d’eau où une chute projette une brume qui se réfracte en des dizaines d’arcs-en-ciel. Farès est assis par terre, adossé à un saule pleureur dont les branches le cachent presque entièrement.

Farès n’est pas un homme expansif. Il est très rare qu’il exprime ses sentiments. Il ne faut pas voir là un quelconque excès de fierté, seulement une pudeur teintée de maladresse, qui le rend attendrissant. Aujourd’hui, il ne déroge pas à la règle. Il est assis en tailleur, les yeux fermés, respirant profondément pour tenter de calmer l’ouragan qui fait rage dans sa tête. Lorsqu’il m’entend arriver, il ouvre les yeux, puis se lève d’un bond en me reconnaissant. Il est tendu, ses yeux sont ceux d’un fauve sur la défensive sous ses sourcils froncés, et brusquement j’ai envie de m’enterrer pour échapper à ce regard blessé. Ma gorge est nouée mais c’est à moi de prendre la parole, à moi d’expliquer mon intrusion dans sa retraite.

C’était surestimer mes forces que d’avoir cru que je pourrais m’exprimer clairement ; un mot et je me remet à pleurer.
Je…

Farès, en deux pas, m’a rejoint et m’a prise dans ses bras. Il me serre à me couper le souffle mais je ne songe pas à protester ; il y a trop d’amour dans cette étreinte, trop de mots tabous, retenus, ligotés, trop de souvenirs enfouis – en moi ou en lui – pour la repousser. Bien au contraire, j’aimerais qu’il me serre encore plus fort.

Je sens alors que le garde, lui aussi, est secoué de sanglots; ses larmes sont d’autant plus abondantes, sa douleur d’autant plus violente, qu’il les a longtemps retenues. Il a mal et à mon tour je le console, du mieux que je peux. Mes bras maigres n’ont pas la puissance de ses avant-bras mais il se calme peu à peu. Au final, tout est dit. Il s’écarte de moi pour aller s’agenouiller devant l’eau et s’apreger le visage. Il prend une profonde inspiration avant de me rejoindre:

– Aller, viens.

Nous nous dirigeons à pas lents vers le manoir, et Farès commence à raconter:

– J’ai passé des années à plaider ta cause. Des mois durant, j’ai essayé de donner à Maïli l’amour d’un père, tout en priant à genoux le Prince de me laisser te voir. Il n’a jamais cédé. J’avais des contacts dans les différentes prisons ; le Prince Manguel avait refusé de rendre public le lieu de ton incarcération alors j’ai interrogé tous ceux que je connaissais pour te retrouver, et peut-être – qui sais – te voir un instant. Au fur et à mesure que je te cherchais, je ne t’ai trouvée nulle part, et j’ai fini par déduire que tu étais dans les cachots d’Etat. J’ai failli perdre espoir. Je suis rentré, j’ai débouché une bouteille de rhum, et j’ai bu. Je crois qu’Atalane était aussi désabusée que moi, parce qu’elle n’a pas essayé de m’empêcher de m’ennivrer. Et puis Maïli, haute comme trois pommes, s’est plantée devant moi et m’a demandé: « Elle est où Maman? ». J’ai réalisé que je ne pouvais pas abandonner ce petit bout de chou ; ni elle, ni toi. Alors j’ai repris les recherches, par toutes les voies possibles. Légales ou illégales. Les voies légales sont limitées, lorsqu’on ne sait même pas de quoi tu es coupable. Mais faire évader quelqu’un des cachots d’Etat… C’est impossible. J’ai quand même réussi à arracher quelques renseignements, au fil des années et à force de corruption. Nous avons appris il y a trois ans que tu étais encore en vie. Il y a deux ans, j’ai su le numéro de ton cachot, et ainsi que tu étais parmi les crimes de lèse-majesté. Il y a un an, j’ai su que tu étais nourrie régulièrement, et donc que tu avais de quoi survivre. J’ai su, par la même occasion, que le Prince Manguel était venu te voir une seule fois depuis le début de la détention. On m’a dit que votre rencontre avait été agitée, mais je n’ai pas pu en savoir plus.
Nous arrivâmes devant la porte vitrée du manoir et Farès s’interrompit. Il prit ma main, puis me guida jusqu’au banc de pierre adossé au mur de la demeure, et reprit:

– Il y a six mois de cela, le Prince Manguel est mort. Pour nous, cela a été un grand espoir ; il est fréquent que les nouveaux souverains gracient des prisonniers, notamment en ce qui concerne les crimes de lèse-majesté. Mais Tasha, la Princesse régnante, a refusé de te gracier. Nous avons définitivement perdu espoir jusqu’à recevoir un courrier, il y a trois moi, de convocation au Palais. Tasha m’a reçu elle-même, en privé, pour m’expliquer ta situation. Je n’en ai pas cru mes oreilles.

– Qu’a-t-elle dit?…

Je cru que Farès allait tout me dire, m’expliquer ma vie, ce qu’il s’était passé, pourquoi j’en étais là. Cruelle désillusion.

– Personne ne savait pourquoi tu avais été incarcérée.

– Quoi?…

Le garde me fixait avec l’air de souffrir pour moi. Il ne savait comment m’expliquer ce qu’on lui avait dit.

– Tous les documents relatifs à ton procès – si jamais il y en a eu – ont été détruits. Tu n’es libérée que maintenant car Tasha a passé deux mois à rechercher des traces de ton procès. Elle refusait de relâcher une criminelle potentielle dans la nature, et surtout ne voulait pas que l’opinion publique entende à nouveau parler de toi, car tu es restée un légende. Si tu devais être libérée, ce devait être discrètement. Mais après deux mois à retourner les archives sans rien trouver, elle s’est inclinée. C’est une souveraine très juste, et elle refusait de garder une innocente dans les cachots d’Etat. Il lui a fallu une longue délibération avec ses conseillers pour imposer sa décision, mais finalement, elle a réussit. Je suis venu te chercher dès que je l’ai su, sans rien demander à personne. Mais apparement, Tasha m’avait devancé et avait prévenu de mon arrivée, car les gardes m’ont laissé passer sans poser une seule question.

Farès se tut – il n’y avait pas besoin d’en dire plus. La suite, je la connaissais.

– Tu es en train de me dire – dans sanglots hystériques montaient dans ma voix – que je viens de passer dix ans à pourrir au fin fond d’un cachot pour le bon vouloir inexpliqué d’un souverain en colère?!

– Alcydia… Ce n’est pas… Tu ne dois pas en rester là, il faut que tu…

– Mais comment veux-tu que je n’en reste pas là? As-tu la moindre idée de ce que je ressens? Je ne suis personne, je ne viens de nulle part, je n’ai pas de racines! Je ne peux pas… Je ne sais pas…

Je me mis à bégayer, en pleine crise de nerfs, tandis que Farès tentait désespérément – et sans efficacité – de me calmer.
Alcydia, tu dois aller de l’avant… Peu importe maintenant ce qu’il s’est passé, peu importe que tu sois fautive ou pas, plus rien ne pourra changer ce qui a été fait…

– Mais je ne peux pas! Sans point de départ, je ne peux pas aller de l’avant! Pour savoir où je vais, je dois savoir qui je suis! Je… Je… J’aimerais pouvoir juste oublier, ignorer, faire comme s’il ne s’était rien passé, mais c’est toute ma vie! Tu comprends? Toute ma vie est là-bas, dans ce cachot sombre, humide, crasseux. Ma vie c’est ce cachot que je me rappelle dès que j’entre dans une pièce fermée, cette obscurité que je me rappelle chaque fois que le Soleil m’éblouit, ce sont ces cauchemars qui hantent mes nuits! Ma vie c’est un grand vide, une immense fosse béante où je gîs, plus morte que vive, parce que pour vivre il faut être, et je ne suis plus rien…

Ma voix se brisa sur ces derniers mots, laissant une légère écume de colère sur l’écueil de mes frustrations. Farès me fixait sans plus mot dire, désolé pour moi et impuissant à m’aider. Je me sentis brusquement injuste envers lui.

– Pardon… Je sais que tu essayes de m’aider mais je… Il faut que je sache, tu comprends.

– Oui, je comprends. A vrai dire, moi aussi, il faut que je sache.

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