Cédric

L’homme est assis devant sa feuille. Blanche. Il rage, tempête, peste et massacre sa muse ; le tout, silencieusement. Voilà des heures qu’il cherche comment présenter son personnage. Mille fois qu’il change d’idée, de nom, de caractère. Mille fois qu’il redessine les contours de son œuvre. Mille fois qu’il les efface, déchirant le papier avec une haine qu’il ne se soupçonnait pas.

Il regrette amèrement les jours fastes, quand les notes s’égrènenent avec aisance et évidence, quand la musique et l’écriture ne font plus qu’un et qu’il se sent génial. Il regrette la fierté des paragraphes bien agencés, son écriture brouillon noircissant des cahiers entiers d’histoires sans fin.

Il regrette ses regrets, regrette sa colère, regrette d’être là. Il devrait peut-être faire autre chose ; du tennis ou du jogging, comme tout le monde. Ou peut-être du piano. Mais il n’y peut rien. Lui, c’est l’écriture.

Quand la pression monte trop et que la cocotte minute menace d’exploser, il saisit un stylo et un bout de papier ; n’importe lesquels, peu importe. Oh ! bien sûr, il affectionne son plume Monblanc et un bon cahier de papier bien grammé. Mais un Bic et un vieux journal peuvent amplement convenir.

Quand l’œil du cyclone se rapproche, il se laisse porter, emporter, dans un tourbillon qui pourrait le broyer si les courbes d’encre n’étaient pas si souples. Il s’en sort. Toujours.

Quand la vie lui fait défaut, il lui reste l’écriture ; mais quand l’écriture fait défaut, que lui reste-t-il de la vie ?

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