Système français, système américain: faites la différence!

Ma petite promo, que je fais cahin-caha via ce blog et ma page facebook, m’apporte régulièrement de nouveaux contacts d’horizons très différents. J’adore ça, ces échanges permanents et variés autour des différents thèmes du monde du livre.

Et puis de temps en temps, on me suggère des liens à ajouter sur ce blog, des outils utiles qui peuvent être relayés afin de toucher le plus grand nombre possible de personnes intéressées. Ç’a été le cas aujourd’hui, lorsqu’on m’a suggéré un article du site Envie d’écrire.

Ce site, c’est l’image même d’une bonne intention qui tourne mal ; et pour preuve, la toute nouvelle expression « corned-beek advice », qui désigne ces articles traduits directement et reproduits sur le site, sans questionnement de la part des gérants du site. Vous est-il venu à l’idée que les systèmes pouvaient différer? Que selon les pays, l’industrie du livre pouvait s’organiser différemment? Que ce qui était valable pour les anglais ou les américains ne l’était pas nécessairement pour les français?

Alors oui, certains conseils sont universels. Par exemple, les sept questions à se poser avant de choisir l’autoédition, même si elles sont traduites de l’anglais, sont pleines de bon sens – avec un petit bémol sur la réponse à la dernière question, mais nous allons y revenir.

Par contre, l’article sur comment promouvoir son roman autoédité me consterne.

Ça débute très très mal: « Pourtant, il est possible qu’un livre autopublié se vende bien. Robert Stricklin, un auteur américain de thrillers, en a fait l’expérience avec deux de ses manuscrits. Il vous livre quelques conseils pour connaître, pourquoi pas, la même réussite. »

Qui a dit que le but ultime d’un auteur était de « vendre bien »? On ne peut pas vouloir écrire bien, pour commencer? Il me semblait qu’on écrivait parce qu’on s’inscrivait dans une logique créative, pas commerciale. Sinon, autant créer une chaîne de fast-food…

Point 1: « Parler de votre livre dès que possible auprès de la presse« 

Oui mais alors non. Parlez d’abord de votre livre aux lecteurs, ils sont les premiers intéressés. Et puis « profitez-en pour demander des interviews », c’est la même logique, et à mon sens, ça ne colle pas. Si vous sortez de nulle part, complètement inconnu, et que vous balancez à n’importe quel journaliste « Hé, tu ne voudrais pas m’interviewer? » il y a de fortes chances pour qu’on vous envoie balader. La presse en parle pas de ce dont on ne parle pas. Le lectorat, ses bons retours, le bouche à oreille, l’attention des libraires sont un premier pas pour faire parler de vous. Ensuite, si vous avez écrit un livre intéressant et qu’il ne se vend pas trop mal, vous pouvez envisager une couverture dans la presse. Mais pas avant, et généralement, ce sera plutôt la presse qui viendra à vous.

Point 2: « Solliciter les critiques littéraires »

Encore une fois, les critiques pour les critiques n’ont aucun intérêt. Vous voulez de bonnes critiques? Prenez le temps de retravailler votre livre. Faites-le lire par des bêtas-lecteurs extérieurs à votre cercle amical ou familial, car les gens issus de ceux-ci auront forcément un a priori. Après les retours de vos bêtas-lecteur, retravaillez votre texte. Renvoyez-le leur. Et recommencez. Parce que non, une seule correction ne suffit pas.

Après la correction de fond, pensez à la correction de forme: passez par un correcteur professionnel, de préférence quelqu’un qui connait également les règles de la mise en forme afin de ne pas multiplier les prestataires et les frais. Trouvez un graphiste qui vous fera une belle couverture, et appliquez-vous pour la rédaction de la quatrième de couverture, que vous corrigerez avec l’aide de vos bêtas-lecteurs, de la même manière que pour le texte principal.

Pour avoir de bonne critique, il ne suffit pas de faire copain-copain avec les chroniqueurs. Il faut que l’œuvre et l’objet-livre soient réussis. Et donc soignés. Quand on prendra votre livre, on ne doit pas voir la différence avec un livre issu du circuit traditionnel: l’implication, le temps de travail, et le professionnalisme doivent être les mêmes… Seulement, vous êtes seul pour faire tout ça.

Point 3: « Faites-vous aider de votre famille et de vos amis » et son corolaire « demandez-leur par exemple de rédiger une critique de votre œuvre sur le site des librairies en ligne. »

Non, non et non! On ne rédige pas une bonne critique parce qu’on connaît l’auteur! On la rédige parce qu’on a lu l’œuvre et qu’on en a sincèrement pensé du bien! Qu’est-ce que c’est que ces histoires? Votre famille et vos amis peuvent vous aider de deux manière: effectivement, ils peuvent parler de votre livre à leur entourage. Mais surtout, ils peuvent être franc et vous dire la vérité à propos de votre livre: si tout est à reprendre, alors tout est à reprendre. Vous conforter dans vos erreurs vous mènera à publier un texte qui ne sera pas abouti et donc à recevoir de mauvaises critiques. Or le lectorat, s’il oublie aisément les bonnes critiques, retiendra toujours les mauvaises…

Point 4: « Distribuez tracts et cartes de visite« 

Mais bien sûr. Gardez votre argent pour vous payer un correcteur, ce sera un investissement bien plus judicieux!

Bon. Après tout ça, je passe pour une vraie bonne française, râleuse et jamais satisfaite. Mais je vous rassure, il y a du bon dans cet article! Les points 5 (« Participez aux salons du livre »), 6 (« Constituez un réseau de fans en ligne ») et 7 (« Courtisez les librairies indépendantes et les bibliothèques« ) sont d’excellents conseils, sensés et vraiment utiles!

Alors désolée, Envie d’écrire, mais vos conseils sont vraiment à prendre avec des pincettes…

5 commentaires sur “Système français, système américain: faites la différence!

  1. Fikmonskov dit :

    « Ensuite, si vous avez écrit un livre intéressant et qu’il ne se vend pas trop mal, vous pouvez envisager une couverture dans la presse. Mais pas avant, et généralement, ce sera plutôt la presse qui viendra à vous. »

    Je pense que ce n’est pas si absurde que ça. Dans la journal où je bosse, on a pas mal de petits articles d’auteurs locaux, même auto-édités et qui vendent très peu. Il ne faut pas hésiter je pense à solliciter des petits journaux locaux. C’est sûr que c’est pas le Figaro Littéraire, mais ça fait déjà un peu parler, et ça permet de constituer un pressbook.

    Et aussi, on peut solliciter des blogs, mais ça j’imagine que tu le fais déjà 🙂

    Je lis la suite plus tard, coup de bourre là 🙂

    • Alice dit :

      Effectivement, ce n’est pas absurde. Mais dire « la presse », c’est dire tout et son contraire… On ne va pas espérer un encart dans Le Monde des Livres quand on a vendu 50 exemplaires! Et pourtant, quand on est autoédité, c’est un bon chiffre et on peut espérer un article dans la presse locale.
      Ensuite se pose la question de savoir si les blogs font partie de la presse, mais c’est une toute autre problématique!

  2. Fikmonskov dit :

    En fait j’ai tout lu, et je pense que tu ne te situes pas au même niveau que la personne qui écrit ces conseils. Toi, tu es à ton stade, au tout début (désolé ;), lui a déjà écrit et publié. Toi tu te places au niveau de « le bouquin doit être parfait », lui au niveau de « Je considère que le bouquin est parfait. Ensuite on fait quoi ? »

    En fait, vous ne vous opposez pas, je pense, vous êtes complémentaires : tes conseils d’abord, avant de passer aux siens une fois que les tiens ne sont plus d’actualité 🙂

    • Alice dit :

      Il n’y a pas à être désolé, effectivement je n’en suis qu’au début!

      Néanmoins je pense que l’auteur est clairement dans une logique commerciale, et non créative: à aucun moment il ne rappelle, même en introduction, l’importance du processus créatif de l’oeuvre et du soin qu’il faut y apporter. Il dit: « écrivez un truc et faites tout ça, ça devrait se vendre ». Non! Faites d’abord l’essentiel, puis faites du démarchage de proximité: créez une page facebook, envoyez quelques exemplaires à des blogueurs littéraires… Là se situent les premières étapes de la promotion autoéditoriale. La presse, c’est déjà beaucoup plus loin, quand on a une visibilité en librairie (même petite, tout en haut d’une étagère au fond du magasin), qu’on a réussi, par soi-même, à vendre son oeuvre et à avoir quelques retours.

      De plus certains conseils ne sont clairement pas réalistes: certains auteurs autoédités ne font pas corriger leur roman car cela leur reviendrait trop cher. Où trouveraient-ils, alors, les fonds pour imprimer flyers et cartes de visite? Et quel est l’intérêt, au niveau commercial ou littéraire? Laisser ton numéro à tout le monde ne rendra pas ton bouquin meilleur, pas plus que de distribuer de jolis flyers.

      Certes, l’auteur a déjà écrit et publié son livre. Mais il a fait tout ça aux USA. Et ce qui est vrai là-bas ne l’est pas forcément ici.

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